vendredi 21 août 2020

ROSA OGAWA PIONNIÈRE DES RACE QUEENS AUJOURD'HUI TROP SEXY POUR LE SPORT...


La première hôtesse de l'ère moderne des courses automobiles a été Rosa Ogawa.  À la fin des années 1960, ce mannequin japonais est devenu la "reine mère" du sport motorisé.  Les "race queens", c'est encore ainsi que l'on surnomme au Japon les jolies filles sexy qui, souvent sous une ombrelle, embellissent les abords des pistes de course de motos ou de voitures de sport.  Pourquoi ce nouveau "métier" d'hôtesse est-il apparu d'abord au pays du soleil levant ?  Peut-être parce qu'il s'inscrivait dans la suite de l'ancienne tradition nippone des geishas.


En occident, on sait peu de choses au sujet de Rosa Ogawa.  Mais les rares photos, et les informations disponibles, nous laissent deviner quel destin, à la fois singulier et tragique, cette beauté orientale a connu.  On ne peut s'empêcher de sourire en observant les images qui nous montrent "l'ancêtre" des grid girls à la fin de la décennie 1960 et au début de la suivante.  Rosa est vêtue à la mode de ce temps-là, une époque historiquement très mouvementée, alors qu'un fort vent de révolte, de changement, de révolution et de modernisme soufflait sur le monde.





On assistait à un véritable choc des générations.  Les "baby boomers" défiaient l'autorité de leurs parents et les règles de l'ordre établi, une douzaine d'années après la fin de la folie de la Seconde Guerre Mondiale.  Aux États-Unis, de plus en plus de jeunes militaient contre l'idée même de la guerre en refusant de s'enrôler pour aller combattre au Vietnam, ou en réclamant la fin des hostilités et le retour des troupes au pays.  Avec les hippies ils criaient : «faites l'amour, pas la guerre» !


En Europe, en particulier en France, et aussi au Japon, cette période est marquée par d'immenses manifestations et des grèves d'étudiants.  On s'insurge contre les inégalités et les injustices.  On réclame l'égalité des chances pour tous.




Les femmes, trop longtemps cantonnées dans leurs rôles de procréatrices et de "reines" du foyer; mises en tutelle par leur mari; non pleinement reconnues comme "personnes" ayant les mêmes droits et le même statut juridique que les hommes; descendent également dans la rue pour protester.  Femmes libérées, elles exigent le droit à l'avortement, l'égalité des sexes dans le monde du travail.  Les plus militantes vont jusqu'à brûler leur soutien-gorge en public !  Leur lutte n'est pas encore terminée...


Agitées, passionnantes et excitantes, ces années le sont également à cause des grands progrès et des nouveautés dans les domaines scientifique, technologique et artistique.  En juillet 1969, portés par ces avancées remarquables de la science, des hommes marchent sur la lune et reviennent sains et saufs sur la terre.  Un exploit extraordinaire !  Les ordinateurs, les satellites de communication, l'informatique, commencent à révolutionner la vie humaine, sur le chemin du "village global".  Les modes musicales et vestimentaires s'éclatent.





C'est dans ce courant de modernisme et d'audace que l'on retrouve Rosa Ogawa à la fin des "sixties".  Parmi ses souvenirs, il y a cette photographie d'elle, resplendissante de jeunesse, qui nous la présente (photo sous le titre de cet article), retenant sa mini-jupe retroussée par le vent.  Un clin d'oeil à l'image légendaire de Marilyn Monroe.  Comme elle, par un cruel hasard, la séduisante japonaise allait vivre des moments dramatiques.


En ce temps-là, à l'heure des terribles assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy, les seules présences féminines à proximité immédiate des pistes de course automobile étaient celles des épouses ou des amies de coeur des pilotes.  C'était le cas d'Ogawa, amoureuse du conducteur japonais Minoru Kawai, de l'écurie Toyota.  Il participait à des compétitions dans ce qui est aujourd'hui l'équivalent de la formule NASCAR ou du circuit CAN-AM.  Un cran au-dessous de la formule Un.


Un jour, Rosa fut invitée à accompagner le vainqueur d'une course sur le podium des gagnants.  Cette vision du charme féminin, accompagnant la force du triomphateur, plut autant aux organisateurs de la course qu'aux spectateurs dans les gradins.  On décida de récidiver et de faire une coutume de cette union charmante.  Le métier d'hôtesse venait de naître.

Ravis de ce mariage brillant entre fille sexy et voitures racées, les publicistes et les gens de marketing, gravitant autour de l'industrie des constructeurs d'autos, ne tardèrent pas à exploiter ce filon.  Des compagnies comme Cosmo Oil, Kawasaki et Toyota firent appel à Rosa Ogawa pour promouvoir leurs produits et leur marque de commerce.  Dans certaines annonces publicitaires, on la voit avec Minoru Kawai qui, entre-temps, était devenu son époux.


Il y a quelque chose de touchant, de romantique et de mythique dans les illustrations de ce couple de vedettes, fiers, jeunes, beaux, heureux et bien de leur temps.  Elle, "race queen", reine de beauté; aux côtés de son homme, intrépide as du volant, chevaleresque, défiant les limites de vitesse, sur son coursier d'acier.  Une histoire digne des grands écrans de cinéma.  Une romance qui allait mal se terminer.  Se conclure d'abrupte façon...

Le 26 août 1970, sur la piste du circuit de Suzuka, Minoru Kawai participe à des essais avec sa Toyota de série 7.  On le compare parfois à un kamikaze, parce qu'il n'hésite pas à prendre des risques élevés lorsqu'il pousse au maximum sa voiture de course.  Ce jour-là, il file à 200 kilomètres à l'heure quand, soudain, il perd le contrôle de son bolide.  L'accident est spectaculaire et terrible.  Kawai est éjecté du véhicule et on le retrouve, gisant sur la piste, avec le crâne fracturé et les jambes cassées.  Dans un état critique, transporté d'urgence à l'hôpital, il rend l'âme trente minutes plus tard...


Dévastée, le coeur brisé, Rosa Ogawa perd ainsi son grand amour, l'homme de sa vie.  C'est la fin atroce du couple modèle japonais, du couple de rêve, si charismatique.  Cette tragédie marquera pour toujours Rosa Ogawa, la reine mère des race queens...

En janvier 2018, les autorités directrices des courses de Formule 1 ont prononcé la fin de l'emploi des Grid Girls (aussi appelées paddock girls, pit girls, ou umbrella girls) lors de la tenue de leurs événements.  Pour expliquer ce bannissement, mettant fin à plusieurs décennies de tradition, on a mentionné que cela ne correspondait plus à l'image de marque du sport, en plus de ne pas répondre aux normes sociales acceptables aujourd'hui.  

L'ancien bonze de la F1, Bernie Ecclestone, des commanditaires comme Red Bull, par la voix de son leader Christian Horner, et certaines ex-Grid Girls elles-mêmes (comme Kelly Brook), ont vertement critiqué cette annonce.  Le Grand Prix de Monaco a même défié cette directive.


Il faut dire que les mouvements féministes, et, plus récemment, le mouvement #MeToo, ont sensibilisé la société en dénonçant ce genre d'emploi réduisant celles qui le pratiquent à un statut de femmes objets.  Beaucoup de gens, qui ne sont pas nécessairement féministes, le jugent sexiste, dégradant, irrespectueux, et associé au phénomène de l'hypersexualisation.

Si faute il y a dans cette controverse concernant les race queens, il faut peut-être chercher du côté des organisateurs de courses ou des employeurs.  En exigeant souvent des tenues super sexy -robes courtes du genre tube top, ou combinaisons moulantes genre lycra ou latex- pour leurs Grid Girls, on a trop exagéré.  Dans ce domaine comme dans bien d'autres, la modération a bien meilleur goût.