Cependant, il y a un revers au 33 médailles (dont trois d'or et trois d'argent aux Jeux Olympiques de Beijing et de Milan-Cortina; en plus de deux médailles d'or aux championnats mondiaux) qu'elle a remportées dans les compétitions majeures de niveau élite mondial en ski; à ses remarquables performances en défilés de mode à titre de mannequin; et à sa fabuleuse fortune de 50 millions de dollars en prix, commandites, et représentations, pour des marques de luxe internationales ou des compagnies chinoises.
Ce revers moins reluisant, c'est celui de la controverse et de la haine soulevées par sa décision de compétitionner pour la Chine, alors qu'elle est née et vit toujours aux États-Unis; et c'est la jalousie à cause des succès incomparables qu'elle remporte depuis une dizaine d'années, que ce soit en sports, en études universitaires, en mode, ou financièrement.
Réaliste, elle l'a déclaré dans une entrevue sur CNN lors des derniers jeux olympiques de Milan-Cortina, cette année : «Avec l'âge, je réalise que plus vous connaissez de succès, plus les gens vous détestent pour ça».
Pour dominer outrageusement et briser des barrières et des records dans un sport extrême et dangereux comme le ski acrobatique; pour résister à la forte pression médiatique qui accompagne ses performances sur, et loin des montagnes enneigées, Gu possède des forces physiques et mentales hors du commun.
Bien sûr, pour expliquer ses succès simultanés dans plusieurs domaines à la fois, à un si jeune âge, il y a une part de talents naturels, de prédispositions favorables, mais il y a aussi beaucoup de détermination et de travail acharné. Il y a aussi une part d'intelligence dans la compréhension des systèmes qui font fonctionner le monde.
Ce dernier aspect est important, et cette façon de comprendre et de percevoir le monde, Eileen Gu le doit à son éducation par sa mère monoparentale, et sa grand-mère d'origine chinoise, quand elle a grandi en Californie. Elle précise : «Ma grand-mère était ingénieure, et d'elle j'ai hérité l'idée que le monde est un ensemble de systèmes qui peut être compris si tu es assez patient et précis - que rien n'est magique, tout a un mécanisme».
Contrairement à ce que les observateurs et ses critiques pensent, Gu stipule qu'elle n'est pas contrôlée par sa mère Yan même si elle l'influence. Ce n'est pas sa gérante, son entraîneuse ou sa "contrôlante". Sa contribution relève plutôt de la confiance qu'elle lui donne en la faisant croire à des réalisations qui n'apparaissent pas évidentes de prime abord. Elle lui a procurée un environnement dans lequel la curiosité est de mise pour repérer, analyser et comprendre les sujets importants. Pour faire en sorte qu'elle puisse opérer à l'aise, avec confiance, en sachant quoi faire, et comment se comporter.
Cette double influence maternelle a fait comprendre à Eileen Gu qu'il n'y a pas de limites à ce qu'elle pouvait accomplir, et surtout pas le fait d'être de sexe féminin. Dans son éducation, être une fille n'a jamais été un facteur négatif dans la valeur humaine, ou dans l'équation de l'égalité des chances de réussite entre les hommes et les femmes. Le "sexe faible" n'existe pas !
Pour favoriser son épanouissement Eileen a été exposée très jeune au monde du sport et à celui des arts. À l'âge de trois ans, elle était était déjà sur les pentes de ski. Enfant, elle suivait également des leçons de piano, apprenait le Mandarin, et passait la plupart de ses étés en visite en Chine, chez des membres de sa parenté. Sa passion pour le ski alpin, et plus tard, ce qu'on a appelé le "free ski", a évolué alors que c'était nouveau, surtout pour les filles.
Curieuse et exploratrice, comme ses aînées l’avaient encouragée à l'être, Eileen Gu a toujours cherché à repousser ses limites. En ski acrobatique, cela signifiait parfois tenter des sauts périlleux jamais réalisés par une athlète féminine avant elle. Lors de ses entraînements, elle a également innové en pratiquant la boxe, une discipline inhabituelle pour une skieuse.
Débrouillarde de nature, elle aime essayer toutes sortes d'activités, parfois même en risquant de mal paraître ou d'échouer. C'est toujours dans la but d'apprendre et de s'améliorer. Pour réussir dans le sport, Eileen Gu a toujours peut compter sur deux atouts physiques importants : sa grande taille pour une fille (1 mètre 75, ou cinq pieds neuf pouces), et sa souplesse hors du commun.
Physiquement avantagée, Eileen Gu a toujours voulu innover, briser des barrières, avoir un impact maximal, en relevant des défis avec une confiance solide en ses moyens. Voilà ce qui l'a motivée à prendre le risque de braver les autorités sportives américaines pour compétitionner sous le drapeau de la Chine, à partir de 2019, au moment où les relations entre les deux premières puissances mondiales s'étaient détériorées. Ce qui a attisé la controverse et les critiques à son endroit. Des commentateurs ont même parlé d'ingratitude et de trahison, de sa part, à l'endroit de son pays natal.
Née d'une mère chinoise qui a immigré aux USA au début des années '90, et élevée dans cette culture orientale très ancienne, Eileen s'est toujours sentie autant Chinoise qu'Américaine. C'est simple pour elle : quand elle est en Chine, elle dit qu'elle est Chinoise, et quand elle est aux États-Unis, elle est Américaine. Ce n'est pas contradictoire pour elle.
Le ski acrobatique étant pratiquement inconnu en Chine, Eileen a vu l'opportunité d'être un modèle pour les jeunes Chinoises, afin qu'elles puissent enfin connaître et pratiquer des sports d'hiver. Un moyen de grandir, d'avoir du plaisir, de s'épanouir, d'exceller, et de faire la fierté de leur pays, pour la première fois, sur la scène internationale.
Eileen Gu n'a pas remporté plus d'une vingtaine de victoires (un record absolu tant chez les hommes que chez les femmes) sur le circuit de la Coupe du monde (FIS) sans en payer le prix. Le ski acrobatique est un sport périlleux avec ses sauts compliqués, pour lesquels il n'y a aucune marge d'erreur, et qui exige énormément de sang froid et de maîtrise de soi.
Les conditions climatiques (neige, pluie verglaçante, vents capricieux), la qualité des infrastructures (équipements) ou des pistes (enneigement, glace, surfaces inadéquates) peuvent affecter les performances des skieuses. Le moindre détail, le moindre manque de force et/ou de précision dans les gestes, peut saboter une descente ou un saut, provoquer des chutes brutales, des atterrissages ratés, et des blessures graves.
C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à Eileen Gu, depuis trois ans. Elle a subi notamment une sérieuse commotion cérébrale, un traumatisme crânien avec hémorragie aiguë, des entorses des ligaments du genou avec contusion osseuse, une fracture de l'épaule, ainsi qu'une contusion sévère à la hanche. Chaque blessure a entraîné une réhabilitation pénible et douloureuse demandant beaucoup de courage.
À travers toutes ces péripéties, pendant les quatre dernières années, Eileen Gu a trouvé le moyen de poursuivre des études en relations internationales à l'Université Stanford. Elle a gradué en juin dernier. Elle a aussi étudié la physique et la mécanique quantique par pur intérêt personnel.
Possédant également un intérêt pour les arts, Eileen Gu a choisi de l'exprimer à travers la mode, en devenant mannequin. Ce n'est pas rare que les top modèles les plus en vue soient de races mélangées, comme c'est le cas pour Eileen (mère Chinoise + père de race blanche américaine). Représentée par l'agence IMG Models, elle est apparue dans plusieurs shows de mode, sur la couverture de plusieurs magazines, et elle a assisté à de nombreux galas Met où sa présence a été très remarquée et saluée.
Pour la beauté de la silhouette d'un modèle, être une athlète parfaitement conditionnée constitue également un atout majeur. Eileen l'a prouvé, entre autres, lors des séances photos pour le numéro spécial maillots de bain de la célèbre revue SPORTS ILLUSTRATED, en mai de l'année dernière.
Durant ses loisirs, la championne de ski acrobatique aime écrire. Elle pourrait donc ajouter le titre d'écrivaine à sa collection de talents. Elle tient déjà un journal dans lequel elle note ses impressions au sujet des compétitions auxquelles elle participe, ses réflexions sur la mentalité, et des observations sur ses divers champs d'intérêt.
Il s'agit d'un genre de "work in progress", sous forme d'essais, sur des thèmes comme les sports, les riches échanges inter culturels, la condition féminine, l'accomplissement ou l'échec, tous des sujets qui la touchent personnellement à travers les diverses expériences de sa vie.
C'est tout un exploit de combiner autant d'activités différentes en si peu de temps, et avec autant de succès, en plus d'affronter la forte pression et l'attention des médias. C'est d'autant plus exigeant pour une personne qui, comme Eileen, se dit introvertie.
La pression, elle se prépare à l'affronter et à la traiter comme on peut se préparer à faire face à la pluie ou au beau temps. En prenant les moyens pour se protéger, en restant elle-même, en ne se laissant pas définir par l'image artificielle que les médias essaient de créer à son sujet.
Comment fait-elle pour trouver l'énergie afin d'atteindre tous ses objectifs et pour maîtriser les relations avec le public et les médias ? Selon elle, c'est simplement une question de "maintenance" : repos (sommeil réparateur), alimentation saine et équilibrée, exercices, solitude méditative pour la relaxation et la concentration. C'est avoir le souci des détails, être attentive afin de comprendre les situations ou le sens des questions qu'on lui pose, s'être préparée à toutes les éventualités, ou déceler tous les pièges... Bref, être en bonne "forme mentale" pour parler et agir avec intelligence.
Si elle apprécie ses succès dans plusieurs domaines, si elle aime gagner, resplendir et rayonner, -ce qui lui donne un sentiment de force, de pouvoir et de puissance-, Eileen Gu est consciente que les récompenses et les louanges ne sont pas ce qui la feront progresser encore davantage.
C'est plutôt les critiques constructives de la part de personnes proches d'elle, bien intentionnées, et qui lui veulent du bien. Si elle commet des fautes ou des erreurs, elle veut qu'on le lui fasse remarquer immédiatement et franchement. C'est comme ça qu'elle peut apprendre, développer son potentiel, et devenir meilleure en repoussant sans cesse ses limites. Cela rejoint la devise officielle de l'olympisme reprise par Pierre de Coubertin en 1894 : «Plus vite, plus haut, plus fort».
Plus tard, en 2021, on a ajouté le mot "communiter" (ensemble) à cette devise. Et Eileen Gu y participe pleinement : «Par le ski, j'espère unir les gens, promouvoir la compréhension commune, créer la communication et forger l'amitié entre les nations. Si je peux aider à inspirer, ne serait-ce qu'une jeune fille, à briser une limite, mes voeux auront été accomplis».
Par son intelligence, son charisme et ses succès extraordinaires aux Olympiques et en Coupe du monde, Eileen Gu a contribué grandement à populariser sa discipline sportive partout sur la planète. En même temps, on ne pourra pas lui reprocher de s'être bâtie une fortune colossale, d'abord avec le soutien financier de la part des autorités sportives chinoises qui ont défrayé les coûts importants de ses voyages, de son équipement, et de ses entraînements (y compris les entraîneurs).
La Chine a dépensé, entre autres, la somme de 6,6 millions de dollars pour aider Eileen et son compatriote Zhu Yi, également né aux USA, à leur préparation aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina, cette année. Le ski acrobatique est un sport onéreux, moins reconnu, qui retient moins l'attention que le ski alpin et attire ainsi moins d'investissements privés. Le soutien du domaine public est donc nécessaire et essentiel.
Si les autorités Américaines lui ont reprochée son transfert sportif en faveur de la Chine, c'est parce qu'Eileen Gu a connu un immense succès sur les pistes de ski. Si elle avait échoué, cela aurait suscité beaucoup moins d'attention, voire l'indifférence, ou encore, la moquerie.
De même, puisque ses succès éclatants et son charisme ont permis de populariser sa discipline sportive, et l'ont ainsi rendue commercialement viable, ce n'est que justice qu'ils aient offert à Eileen Gu des opportunités de s'enrichir financièrement, à son tour, grâce à des commandites ou des campagnes publicitaires de marques de luxe comme Louis Vuitton, Victoria's Secret, ou Tiffany & Co. Elle représente aussi des compagnies chinoises, et est une des athlètes féminines les mieux rémunérées selon le magazine FORBES.
Dès son plus jeune âge, en apprenant à vivre grâce à la sagesse et au savoir de sa mère et de sa grand-mère, Eileen Gu a pu découvrir le monde et ses nombreuses opportunités. Ses recherches et ses expérimentations se poursuivent et se renouvellent constamment dans le but de profiter de la vie au maximum... Être la meilleure qu'elle puisse être : par ses talents, ses connaissances, et ses efforts...
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